DJIHAD (4)

DJIHAD  (4)  

 

Sur lُinterdiction du meurtre 

 

Assez régulièrement, à la suite de tel ou tel événement dramatique, et notamment après les attentats (َ) on 

entend citer le Coran en ces termes : « Quiconque tue une victime innocente, cُest comme sُil avait tué toute 

lُhumanité.  » Cette citation est alors abondamment relayée dans les médias et suscite une approbation 

unanime. Or, le coran dit précisément : 

 

« Quiconque tuerait une personne qui elle-même nُa pas tué ni commis de forfaiture (fasâd) sur la terre, cُest 

comme sُil avait tué les hommes dans leur totalité » (Sourate 5, Verset 35/32) 

Ainsi que nous allons le voir, la différence entre le texte coranique et la façon dont il est régulièrement cité est 

tout à fait déterminante. 

 

Dans la forme où on le cite régulièrement, le verset qui nous occupe se rapproche dُune formule du judaïsme 

rabbinique, dans la Michna, qui précède de plusieurs siècles le Coran. On la trouve dans le Talmud de 

Babylone en ces mots : « celui qui détruit  une seule vie humaine en Israël, cela lui est compté par lُEcriture 

comme sُil avait détruit tout un monde. ». Par elle-même, cette sentence nُa de sens quُen ce quُelle 

confère à lُhomicide un caractère dُinfinie gravité, bien que le principe soit ici restreint à Israël. 

 

Ainsi donc la phrase du Coran se distingue de celle de la Michna par une interpolation venant préciser ce qui 

fait exception au principe anti-homicide : il est interdit de tuer quiconque, SAUF si cette personne est 

elle-même coupable de meurtre ou de fasâd, terme qui peut être traduit par « désordre, immoralité, corruption 

», ou encore par « forfaiture » ; le substantif fasâd a été repris en droit musulman ainsi quُen philosophie 

arabe. 

 

Le Fasâd dans le droit musulman et en  philosophie arabe 

 

En droit musulman (fiqh), cُest Abû Hanîfa (mort en 767), le premier des fondateurs dُécoles juridiques 

musulmanes, qui emploie le mot fasâd pour désigner la nullité radicale qui frappe un acte juridique,  non par 

manquement dُun des éléments indispensables à son existence, mais par violation « des conditions de validité 

stricto sensu exigées pour sa perfection ». Ce sens négatif du terme, dans son acceptation juridique et dans son 

usage pratique, est en conformité avec la signification quُil reçoit dans le domaine de la philosophie. 

 

En philosophie en effet, le terme fasâd est utilisé pour désigner la corruption, dans le sens de la phtora 

dُAristote qui désigne, comme antonyme de génération, lُun des deux modes du changement selon la 

substance. Autrement dit, la corruption (fasâd) est un changement qui détruit. Une bonne partie des جuvres de 

la philosophie arabe (falsafa) consistant en commentaires dُAristote, on comprend aisément que le terme y 

soit récurrent. 

 

Le verset coranique que nous avons cité, spécifie bien que peut mériter la mort le coupable dُun meurtre ou 

dُun fasâd. 

 

A la lumière  de son interprétation en philosophie comme processus destructeur, nous comprenons à  présent 

que lُincrimination de fasâd soit directement liée à celle de meurtre. Or, étant donné lُusage extensif du 

terme tel que nous pouvons lُobserver par exemple en droit, la fonction du fasâd dans ce verset paraît bien 

être dُestomper la frontière entre le meurtre et la simple forfaiture. 

 

Dès lors comment interpréter les choses ?  La permission de tuer le coupable dُun fasâd suppose-t-elle que le 

fasâd se limite au meurtre (interprétation restrictive), ou bien tout fasâd est-il assimilable à un meurtre 

(interprétation extensive) ? On ne saurait interpréter le Coran à partir dُun seul de ses versets ; il convient de 

saisir comment il sُinscrit dans lُensemble du texte. 

 

Néanmoins, une première observation sُimpose : systématiquement, lorsque le Coran parle de lُinterdiction 

du meurtre, comme un fil rouge, il introduit une exception ; au verset 68 de la sourate 25, ainsi quُau verset 

35/33 de la sourate 17, ou encore 152/151 de la sourate 6, est écrit ceci : 

« Sinon en droit, ne tuez pas votre semblable quُAllah a déclaré sacré ! » 

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