HISTOIRE AFN (11)

HISTOIRE  AFN  (11)  

 

b ) A l'arrivée des Arabes. 

 

Quand on étudie avec soin les documents que nous possédons, on arrive facilement à se convaincre que les 

chrétiens indigènes étaient, relativement à la masse de la population, en petite minorité, sinon dans les 

anciennes provinces de Proconsulaire et de Byzacène, du moins dans les Maurétanies et même peut-être en 

Numidie. 

 

D'abord, les anciennes populations romaines qui probablement étaient, en 430, acquises au christianisme, ont 

été en grande partie exterminées par les guerres sans merci qui se sont succédées pendant l'époque vandale et 

byzantine. 

 

 

Les auteurs africains et byzantins nous représentent l'état de l'Afrique sous de très sombres couleurs : 

 

« Africa, dit Possidius, dans la Vie de St Augustin, (C. 28) expoliatione, caedibus, diversisque tormentis, 

incendiis aliisque innumerabilibus et infandis malis depopulata est; nulli sexui, nulli parcens aetati.» 

 

L'évêque de Carthage, Capreolus, dont nous avons parlé à propos de la période vandale, écrit la même chose 

aux Pères du Concile d'Ephèse auquel il n'a pu se rendre : 

 

« Incolis partim extinctis, partimque in fugam actis, absolutam desolationis speciem quaquaversum longe 

lateque porrigitur oculis offert. » 

 

c ) La période vandale a été tellement néfaste à cette ancienne population romaine que lorsque sont venus les 

 

Byzantins, ils se sont bornés à n'utiliser et à n'habiter qu'une partie des villes qu'ils occupaient, souvent à 

n'établir qu'un simple fort. C'est ce que les fouilles nous ont permis de constater en Byzacène comme en 

Numidie. 

 

N.B. Les Vandales étaient ariens. Les ariens niaient la divinité de Jésus-Christ. Pour eux, Jésus était saint 

mais nُétait pas Dieu. 

 

« Il y a là évidemment une preuve que, dès cette époque, l'ancienne population romaine avait en grande partie 

disparu. » (Rec. Const., XVIII, 1876-1877, p. 326) 

 

Mais, mieux que toutes les descriptions, un passage de la vie de St Fulgence nous fait comprendre la 

dépopulation du pays dès la fin du V° siècle : 

 

Au commencement du règne de Gonthamond (13 décembre 484 - 21 septembre 496), 

St Fulgence s'était réfugié dans un monastère fondé par Faustus 1 et dont Félix était abbé. 

Ce Faustus ne peut être que le Faustus Praesidiensis de la Notice de 484 En effet cette Notice ne mentionne 

que deux Faustus : l'un de Castra Seberiana en Césarienne, et celui de Praesidium en Byzacène. 

Ce Praesidium est probablement Praesidium Diolete que la Table de Peutinger place à 20 milles de Cassa 

(Gafsa) et qu'on identifie avec H. Somâa. (S. Reinach, note 1 en Tissot, Géographie, II. p. 68o-681. Cfr. 

SALADIN, fasc. I, p. 103). 

 

Ce Faustus fut exilé en 484, dans la région voisine de son évêché et y bâtit un monastère (Vita S. Eulg.,10). 

 

L'invasion des Barbares les força, avec leurs moines, à remonter plus au Nord, et ils sُétablirent à Sicca 

Veneria. « sed cum subito barbaricae multitudinis provincia turbaretur incursu. » Vita S. Fulg., 1, c. 

 

Chose lamentable ! La région parcourue par les saints exilés, qui était à l'époque romaine une des mieux 

colonisées et des plus riches de la Byzacène et de la Proconsulaire, qui contenait des villes, comme Thelepte, 

Ammaedera, Thala, Aubuzza, Lares, etc. est représentée comme étant déjà, à cette époque, un pays tout 

sauvage: 

 

« per ignotas Africae regiones monachorum suorum caterva comitante, pariter gradiuntur. » 

 

Ne faut-il pas que l'état de l'Afrique ait bien changé, pendant ces cinquante dernières années pour que la 

province la mieux romanisée de l'Afrique  mérite cette épithète « ignotas ? » 

 

Du reste, ils furent si maltraités par le prêtre arien établi à Sicca Veneria, qu'ils prirent le parti de retourner 

vers le monastère qu'ils venaient de quitter « eligentes vicinos potius habere Mauros quant pati molestissimos 

Ariattos » Vita S. Fulg. C, 10 

 

d) Les guerres des Maures pendant la première moitié de la domination byzantine ne furent pas moins 

désastreuses que pendant la période précédente. 

Aussi l'extermination de l'élément romain continua-t-il avec la même atrocité. 

Après la défaite des Maures en 534, « les Barbares coururent toute la Byzacène, et, sans faire de distinction 

d'âge, ils passèrent tout au fil de l'épée. » (Proc. Bell. Vand. II, 12 .1 ) 

 

Lors de la reprise d'Hadrumetum par les Byzantins, en 534, dit le même historien, 

« les Maures exercèrent d'horribles cruautés dans les campagnes et n'épargnèrent personne de quelque 

condition que ce fût. C'était une effroyable solitude dans tout le pays... Les Maures faisaient tout le dégât qu'il 

est possible de s'imaginer sans trouver de  résistance "... » (Proc. I. c, II, 23, 3) 

Il est vrai que les Byzantins leur rendaient la pareille; « Après la défaite du Burgaon, 535, où, dit-on, les 

Maures perdirent 50 000 hommes, les vainqueurs emmenèrent une si grande quantité de femmes et d'enfants 

que les Byzantins donnaient pour un petit  Maure le même prix que pour un mouton. » (Proc. 1. c., II, 12, 4) 

 

Mais on comprend qu'avec ce système de  représailles, le pays le plus peuplé devenait, en quelques jours, une 

épouvantable solitude. 

 

Une dédicace très intéressante retrouvée à Aïn Ksar, en Numidie, nous éclaire sur le triste état des colons dans 

cette partie de l'Afrique, sous le règne de Tibère II (578-582). Ces malheureux, dit l'inscription, sont réduits 

pour se défendre à leurs seuls efforts, et déclarent que la protection du Christ est leur unique espérance. Le 

chef du pagus est un grec Phocas ; parmi les noms des autres fondateurs du monument figurent deux vandales, 

douze latins. Rec. Const., VI, 1862, p. 130. 

 

Procope résume ainsi dans son Histoire secrète les appréciations de détail qu'il a données dans son De Bello 

vandalico. (Historia arcana, édit. De la Byzantine de Bonn. P. 106-107) 

 

L'Afrique qui s'étend sur de si vastes espaces fut si complètement ruinée que le voyageur, sur de longs 

parcours, s'étonne de rencontrer un homme 

 

« Cependant les Vandales en état de porter les armes étaient environ 8o ooo, sans compter les femmes, les 

enfants, les serviteurs ; les Africains qui habitaient dans les villes, cultivaient la terre, ou faisaient le 

commerce de mer, formaient, je l'ai vu de mes yeux, une telle multitude, qu'à peine pouvait-on l'évaluer ; plus 

nombreux encore étaient les Maures, et tous ont péri avec leurs femmes et leurs enfants. 

 

« Le même pays a dévoré bien des soldats romains et beaucoup de ceux qui, de Byzance, avaient suivi 

l'armée, en sorte qu'en estimant à 5 ooo ooo d'hommes le nombre de ceux qui sont morts en Afrique, on 

demeurerait, je crois, encore au-dessous de la réalité. 

 

Corippe qui, lui aussi, a été témoin oculaire, donne la même description du pays. En plusieurs endroits, il 

peint les Berbères tombant en nasse sous l'épée des Byzantins, ou traînés en longues files à la suite des 

vainqueurs ; les indigènes, à leu- tour, pillant, brûlant, saccageant tout, jusqu'à la côte et même jusqu'à Sicca 

Veneria et Carthage, ruinant en particulier les églises, et réduisant les prêtres en esclavage, le pays privé de 

bras pour cultiver la terre 1, l'Afrique en un mot s'abîmant fumante au milieu des flammes ".(Jam nullus arator 

arva colit.) 

 

Qu'il y ait quelque exagération dans la peinture que font de l'Afrique l'historien et le poète, c'est possible, il 

n'en reste pas moins que ces guerres sans merci durent anéantir des populations entières. 

 

Pendant cinquante ans de tranquillité et de paix 595-646, l'Afrique se remit un peu et retrouva quelque 

prospérité, mais ce n'est pas en cinquante ans qu'un pays peut réparer de pareils désastres. 

 

A ces disparus par la mort il faut aussi ajouter ceux, nombreux aussi, qui quittèrent le pays et se réfugièrent en 

Europe ; enfin une masse de petits propriétaires qui n'eurent ni le temps, ni la possibilité de fuir, et qui « sont 

descendus dans la foule barbare de leurs serfs, au milieu desquels ils se sont berbérisés, oubliant leur langue et 

leur religion. » 

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