HISTOIRE AFN (13)

HISTOIRE  AFN  (13)  

 

ROMANISATION ET EVANGELISATION 

 

Celui-ci est, dans le Magreb extrême (Maroc), en grande partie, païen, dans le Magreb central (Alger et Oran), 

beaucoup de  tribus sont également païennes. Quelques-unes, il est vrai, ainsi que celles de l'lfrikia ont un 

vernis chrétien mais la masse est en somme bien païenne 

Ici, nous sommes complètement d'accord avec M. Bechir Sfar. Mais alors, comment expliquer ce fait 

historique que nous avons déjà constaté plusieurs fois ? 

 

La carte ci-jointe, ainsi que celle qui a paru dans Romanisation de l'Afrique répondent clairement à cette 

question : En nous donnant une proportion presque mathématique entre la Romanisation et l'Evangélisation, 

elles nous montrent que l'Evangélisation du pays s'est faite tout d'abord, et, pour ainsi dire exclusivement chez 

la population romaine. 

 

Les tribus indigènes réfugiées dans les massifs montagneux où elles sont restées presque jusqu'à la fin de la 

période romaine insoumises ou du moins boudeuses, vis-à-vis de l'autorité étrangère, l'Eglise s'est vue dans 

l'impossibilité de les apprivoiser. 

 

Or, elles étaient la masse ! 

 

Quant à celles qu'elle a pu atteindre, elles étaient toutes plus ou moins romanisées. En effet, lorsqu'un évêché 

s'est créé sur le territoire d'une tribu, c'est au centre romain que nous le voyons emprunter son titre. Ainsi par 

exemple les Nattabutes et les Suburbures.  

 

Des centres romains se sont établis chez eux, après que leur territoire eût été soumis au cadastre : Rotaria ? 

chez les Nattabutes, Idicra, Garba, chez les Suburbures etc. Or, les évêques prennent le titre de Rotariensis, 

Idicrensis, Garbesis, on n'en voit aucun qui ait pris les ethniques de Nattabutensis, Suburburensis. 

A peine trouve-t-on sur les 700 évêchés connus, 4 ou 5 exceptions : 

Par exemple les évêques qui portent sur les listes épiscopales, l'ethnique de Cedamusensis, Bamaccorensis, 

Numidensis, Maxitensis, Mazacensis. Ceux-là ont pris l'ethnique d'une tribu ou de la fraction de tribu dans 

laquelle ils se trouvaient : les Cedamusii, les Bamaccures, les Numidea, les Maxites, les Masaces. 

Preuve évidente qu'en général, l'évêque était d'abord pasteur des colons romains, puis ensuite, des indigènes 

qui avaient consenti à se mêler à eux et s'étaient plus ou moins romanisés à leur contact. 

(Cf. Mesnage : Romanisation de lُAfrique, pp. 204, 216 etc.) 

 

Il est bon de se rappeler qu'Ibn Khaldoun cité plus haut et les autres auteurs arabes, quand ils font mention de 

certaines populations chrétiennes soumises au kharadj, ne parlent que de l'Ifrikia (Tunisie et département 

de Constantine). 

 

Ils ne font jamais la moindre allusion au Magreb (départements d'Alger, d'Oran et le Maroc). 

Il y a évidemment dans ce silence une indication précieuse relativement à l'état religieux des habitants de cette 

région : paganisme des uns, apostasie des autres. 

 

Rév. afr., 1873, p. 427. 

 

« Il est incontestable que la religion du Christ fit peu de progrès parmi ces barbares. L'invasion arabe 

surprit donc l'Afrique romaine en plein paganisme, malgré le passage des apôtres chrétiens qui n'a eu 

d'influence que sur la population européenne. » 

 

BERBRUGGER Dit De son côté (Rev. Afric., 1867, p.156): 

 

« Il suffit de voir dans quel état social étaient les indigènes lors de la conquête musulmane pour acquérir la 

conviction que, si la civilisation italique avait pu faire beaucoup de conversions individuelles parmi eux, elle 

n'avait pas entamé la masse largement. » 

 

Mercier ajoute (Rev. Afric., 1871, P. 130-431): 

 

Il ressort de l'étude des documents fournis par les historiens arabes de la conquête que la religion la plus 

répandue en Afrique était le magisme ou culte du feu... » 

 

lbn Khaldoun ne dit pas cela. Le magisme ou Sabéisme était d'importation étrangère. Le paganisme des 

Berbères était tout autre. Cfr. R. BASSET, Recherches sur la Religion des Berbères, Paris, Leroux, 1910, dans 

 

Revue de l'Hist. des Religions. : 

 

« Certaines tribus étaient juivesَPour ce qui est de la religion chrétienne, elle n'était répandue que parmi les 

Berbères romanisésَ» 276 

 

Il est tellement vrai que le pays romanisé a été le seul théâtre du zèle des évêques et de leur clergé, qu'il n'y a 

eu dans toute notre Afrique qu'une seule liturgie : la liturgie latine. 

L'Eglise n'a pas créé de liturgie punique parce que celle-ci était inutile ; la masse des populations puniques ou 

« punicisées » habitant le littoral s'est en effet assez vite romanisée. 

 

Sans cloute, dans quelques coins reculés, clans les montagnes des Beni Salah, au S. E. d'Hippone, dans les 

environs de Calama, certaines populations avaient besoin qu'on leur traduisît en punique ce qu'on leur prêchait 

en latin. Mais ces régions étaient après tout, si peu considérables qu'on ne sentit pas le besoin de composer 

une liturgie spéciale pour eux. 

 

L'Eglise n'a pas créé davantage de liturgie berbère. 

Pourquoi? Si ce n'est parce que le petit nombre d'indigènes qui avaient été convertis étaient eux aussi plus ou 

moins latinisés, et que, pour la masse restée réfractaire, cette liturgie était inutile. N'est-il pas évident que, si le 

peuple berbère avait été atteint comme les Mozarabes d'Espagne, les Coptes d'Egypte, les Syriens, etc. il 

aurait eu, lui aussi, sa propre liturgie ? 

 

Cet argument est négatif, il est vrai ; il n'en prouve pas moins cependant, vu la coutume générale de  l'Eglise à 

cette époque, que si celle-ci n'a pas donné aux Berbères une liturgie spéciale, c'est qu'elle n'avait pas eu le 

temps d'en atteindre la masse avant que la puissance romaine n'eût elle-même disparu de l'Afrique. 

 

Il semble bien que le christianisme a eu peu de succès chez ce peuple. Le Corpus Inscriptionum Semiticarum 

ne contient pas en effet une seule inscription punique qui soit chrétienne. De quel côté se sont donc tournées 

ces nombreuses populations cananéennes et tyriennes que nous savons avoir existé en Afrique ? Peut-être vers 

les juifs qui étaient un peuple de même langue qu'elles. 

 

Du reste, il y avait dans le clergé africain une telle pénurie de prêtres sachant cette langue (St Augustin se 

plaint d'être dans ce cas: (Epist. LXXXIV, 2) que ces populations ont dû nécessairement être négligées. 

 

On sait que quelques innovateurs berbères, à moitié convertis à l'Islam, voulant fonder une religion nouvelle, 

ont donné à leurs adeptes un Coran berbère, ou plutôt un code religieux en langue berbère. Tels Salah ben 

Tarif, vers 174 de l'hégire (790-7791) chez les Berghouata ; Ham-Mim et Ment ben Djemil el Izdedjoumi, 

vers 315 de l'hégire (927-928), chez les Ghomara de la région de Tétouan. 

 

Cfr. Ibn KHALDOUN., II, pp. 123, 125, 143; El. BEKRI, trad. de Slane, p. 184 etc. 

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