MAROC : EPOPEE MISSIONNAIRE

 

MAROC : Épopée missionnaire

 

Chers amis en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme !

Dans notre lettre de décembre dernier, nous vous racontions la rencontre bien célèbre de Saint François d’Assise avec le sultan de Damiette, en 1219. Il faut savoir que le fondateur de Frères Mineurs n’était pas le seul à cette époque à entreprendre de telles expéditions apostoliques. En effet, le patriarche d’Assise avait envoyé des groupes de missionnaires sur tous les horizons, pour porter le flambeau de la foi catholique jusque dans les contrées les plus reculées. Six frères en particulier furent désignés pour la mission du Maroc : les frères Vital, Bérard, Pierre et Othon, qui étaient prêtres, et les frères lais (ou convers) Adjut et Accurse.

Ces zélés missionnaires arrivèrent bientôt en Aragon (Espagne), où le frère Vital, tombé malade, dut s’arrêter. Le frère Bérard prit alors la tête de l’expédition qui passa en Portugal. Ces pauvres de Jésus-Christ furent reçus avec honneur par la Reine Urraque, épouse d’Alphonse II, à Coïmbra, (près de Fatima au Portugal) puis par l’infante Sanche, sœur de roi, à Alenquer. Celle-ci leur procura des habits séculiers qui leur permettraient de pénétrer plus facilement dans les terres infidèles. Ils se rendirent ainsi à Séville, qui était à l’époque la capitale des rois maures, où ils logèrent chez un riche marchand, qui était chrétien. À peine arrivés, sans se laisser arrêter par les considérations de la prudence humaine, ils se revêtent à nouveau de leurs habits religieux, gagnent la mosquée et se mettent à prêcher Jésus crucifié devant le peuple réuni. Ils en sont chassés, après avoir été insultés et maltraités. Ils tentent une autre mosquée, où le même sort leur est réservé. Finalement, enflammé de zèle, ils se rendent au palais du roi maure, auquel ils annoncent avec courage la foi en Jésus-Christ. Bientôt, ils sont enfermés dans une tour bâtie au bord du Guadalquivir ; mais comme ils continuaient à prêcher au peuple qui s’en approchait, on les jeta dans un obscur cachot. De temps en temps, le roi les en faisait sortir, pour essayer, par ses menaces ou ses promesses, de les faire apostasier. Cependant, vaincu par leur constance, il décida de les envoyer au Maroc, les expulsant ainsi de ses États.

Là, reçus par Don Pedro, infant du Portugal, ils ne voulurent pas, malgré leurs fatigues, rester inactifs. Dès le lendemain, au point du jour, ils reprennent leur prédication dans les rues et sur les places publiques. Le roi Miramolin, les entendant, les fit chasser de la capitale. Mais ceux-ci y revinrent, continuant à annoncer Jésus-Christ et à critiquer Mahomet. Jetés, à nouveau en prison, on voulut les laisser mourir de faim. Cependant, vingt jours plus tard, ils paraissaient bien-portants devant le roi, qui les fit chasser. Cette fois-ci Don Pedro les garda sous surveillance, et il les emmena même dans une expédition, contre les tribus rebelles de l’intérieur de l’Afrique, composée de musulmans et de chrétiens. Après la victoire, le retour de l’armée à travers le désert sablonneux fut pénible, d’autant plus que l’eau se faisait rare. Nos religieux se mirent alors en prière ; puis le frère Bérard creusa dans le sol aride, d’où jaillit une source abondante, ce qui attira sur nos missionnaires l’admiration des musulmans autant que des chrétiens.

Enfin, un vendredi, après avoir longtemps contemplé la Passion du Sauveur, ils trompent la vigilance de Don Pedro et vont à nouveau annoncer Jésus crucifié sur les places publiques. Le roi les fit encore arrêter et ils furent battus de verges. Ensuite, on les roula sur des morceaux de verre, ou de pots cassés, et on versa sur leurs plaies du vinaigre et de l’huile bouillante. Un officier, ému de compassion devant leurs souffrances, chercha à les persuader d’embrasser la foi de Mahomet. Le frère Othon lui répondit : «Retire-toi Satan et cesse de tenter les serviteurs de Dieu.» On le frappa alors sur la joue, mais lui tendit l’autre en disant : «Que Dieu vous pardonne, car vous ne savez pas ce que vous faites.» La nuit suivante, nos religieux furent réconfortés dans leur cahot par la présence d’une lumière céleste. Comparaissant une dernière fois, le lendemain, devant Miramolin, celui-ci leur dit : «Voilà donc ces hommes impies qui, méprisant la vraie foi, sont assez insensés pour blasphémer Mahomet, l’envoyé de Dieu.» Mais eux de répondre : «Ô roi, loin de mépriser la véritable foi, nous sommes prêts au contraire à souffrir et à mourir pour sa défense.» Et ils soulignèrent à nouveau l’imposture de Mahomet et la fausseté de l’Islam. Exaspéré par leur fermeté, le roi donna libre cours à sa colère et, tirant son cimeterre, il leur fendit la tête… suprême argument. C’était le 16 janvier 1220 ; il y a huit cents ans.

Don Pedro recueillit leur corps, les embauma et les fit rapatrier en Portugal. Au passage de leurs reliques, de nombreux miracles se produisirent. L’un des plus beaux fut certainement ce miracle de la grâce : vingt-huit chevaliers, qui avaient participé à la Croisade sous la conduite de Beaudouin, comte de Flandres, demandèrent à revêtir l’habit des Frères Mineurs et entrèrent dans l’Ordre de Saint François. Quelque temps plus tard, un pieux chanoine régulier, Don Ferdinand, conquis par l’exemple de nos martyrs, se fit franciscain et prit le nom de frère Antoine. Désireux, lui aussi, de conquérir la palme du martyr, il s’embarqua pour le Maroc ; mais, empêché de débarquer pour cause de maladie, son vaisseau fut ensuite pris dans une tempête qui le fit déferler sur les côtes d’Italie. Il deviendra un grand prédicateur, dans le nord de ce pays et dans la France méridionale, réfutant et convertissant de nombreux hérétiques vaudois et albigeois, et semant les miracles sur son passage… Vous avez reconnu le fameux Saint Antoine de Padoue.

Quand Saint François apprit la mort glorieuse des martyrs du Maroc, qui furent les premiers d’une longue liste de Frères Mineurs à avoir versé leur sang pour l’expansion de la foi catholique dans le monde, il s’écria, plein d’enthousiasme : «Maintenant, je puis dire avec assurance que j’ai cinq vrais Frères Mineurs!». En 1227, le frère Agnello, franciscain, fut nommé évêque de Maroc et accomplit d’immenses travaux dans ces contrées, s’attirant la vénération des infidèles eux-mêmes. Le frère Loup lui succéda en 1246, et ce fut une tradition de nommer toujours à ce poste un fils de Saint François. Comme dit le proverbe, «le sang des martyrs est semence de chrétiens» (Tertullien) : la mission du Maroc deviendra florissante, la liberté de culte sera accordée aux chrétiens et des églises seront érigées dans les principales villes du royaume et jusqu’au cœur de la capitale, ce qui suscitera des conversions et donnera aux âmes de bonne volonté l’occasion de se sauver. Par la suite, les Frères Mineurs, pénétreront en Libye, en Abyssinie et jusqu’en Éthiopie. Mais il faudrait des livres entiers pour raconter toute cette épopée missionnaire.

Pour nous, chers membres du Rosaire Vivant, demandons à ces martyrs de nous communiquer leur zèle pour la conversion des musulmans, car Notre-Seigneur a versé son Sang pour eux aussi ; et demandons-leur cette force dont ils ont fait preuve pour annoncer le Sauveur à ces pauvres âmes, afin que nous sachions nous aussi témoigner de notre foi par la parole. L’expérience montre que beaucoup de musulmans sont intéressés par la foi catholique et qu’ils ne répugnent pas à en entendre parler. Que le respect humain ne nous fasse pas manquer des occasions qui, peut-être, ne se représenteront pas, pour telle ou telle âme… Mais surtout, soyons bien fidèles à notre dizaine de chapelet, car la conversion reste une grâce, qui s’obtient par la prière.

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