LE BAPTÊME PORTE DE L'EGLISE

 

La porte de l’Église : le saint baptême

 

La loi fondamentale qui domine toute la vie des membres de l’Église, de la vie chrétienne, consiste à reproduire la vie de notre Chef. « Vivo jam non ego ; vivit vero in me Christus » (Ga 2, 20). Or, le mystère central de la vie du Christ, c’est sa mort et sa résurrection. Pour être chrétien, il est donc nécessaire à l’homme d’être configuré à ce double mystère. C’est le sacrement de baptême qui réalise en nous cette configuration.

Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés ? 4 Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle. 5 Si, en effet, nous avons été greffés sur lui, par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par celle de sa résurrection (Ro 6, 3-5).

C’est pourquoi le baptême est nécessaire au salut : les hommes n’ont pas d’autre moyen à leur disposition pour s’assimiler à JESUS-CHRIST.

1 Le baptême, mystère de mort

Nous naissons solidaires de l’humanité pécheresse dont Adam est le chef, avec une nature déchue, corrompue, destituée de la grâce et des autres dons qui devaient être communiqués à tous les fils d’Adam par droit de naissance. « Nous étions par nature enfants de colère » (Ep 2, 3).

1.1 Les blessures du péché originel

L’homme s’est révolté contre la loi de Dieu, et l’âme humaine, désormais inclinée à l’orgueil, a souvent ré­pété : « non serviam, je n’obéirai pas ». Elle a cessé de se nourrir de vérité divine pour se faire ses petites idées à elle, étroites, fausses, toujours changeantes ; elle a voulu se faire sa vérité, ses principes, et se conduire seule en limitant le plus possible l’autorité de Dieu. […] C’est l’orgueil de la vie.

Refusant de se soumettre à l’empire de Dieu, l’âme a perdu l’empire sur son corps et sur ses passions faites pour obéir à la raison et à la volonté… Bien plus, l’âme s’est faite souvent l’esclave de son corps, de ses instincts inférieurs, c’est la concupiscence de la chair. Quantité de personnes oublient leur destinée divine, jusqu’à s’occuper du matin au soir de leur corps, qui devient leur idole. Les passions règnent en maîtres, l’âme en devient l’esclave, car les passions contraires les unes aux autres, l’amour, la jalousie, la colère, la haine, se succèdent en elle, malgré elle. Au lieu de les diriger, elle est emportée par elles. […]

Enfin le corps, au lieu de se servir des biens extérieurs, s’est fait leur esclave. Il se surmène parfois pour se procurer ces biens extérieurs en abondance, il s’entoure d’un luxe inutile, au détriment des pauvres qui ont faim ; il lui faut tout ce qui brille et fait valoir, c’est la concupiscence des yeux [1].

Mais les facultés naturelles ont chacune perdu l’orientation vers leur objet normal, objet sans lequel l’inclination à la vertu ne peut pas atteindre son achèvement.

 La blessure d’ignorance nous rend difficile la connaissance du vrai. Aveuglement vis-à-vis de la foi : nous croyons, mais nous avons du mal à aligner notre vie quotidienne sur notre foi. Aveuglement aussi même quant à la lumière naturelle de la raison : une certaine hébétude de l’esprit, « faiblesse de l’intelligence à considérer les choses spirituelles. » Ceci conduit au scepticisme, à l’imprudence du jugement, à la critique, etc.

— La blessure de malice affecte la volonté. Au lieu de vouloir le bien objectif, l’homme a tendance à se replier sur soi, à privilégier son intérêt. L’égoïste répète le Non serviam de Satan : je ne servirai pas, je ne veux pas aimer, je ne veux que moi et mes satisfactions passagères. C’est évidemment la racine de l’impiété, de la désobéissance, de toutes les injustices contre le prochain, dans le cœur (haines, envie, mépris) comme dans les actes.

— La troisième blessure est la faiblesse, c’est-à-dire le manque de force pour résister aux difficultés qui se rencontrent pour exercer toutes les vertus et pour modérer les passions.

— La quatrième blessure est la concupiscence, c’est-à-dire une avidité à rechercher les délectations corporelles. Elle est mère de la luxure et de la gourmandise, deux vices très étroitement liés.

1.2 Description du « vieil homme »

Saint Paul décrit de façon pathétique le déchirement que provoquent ces blessures en nous :

Nous savons, en effet, que la Loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu au péché.  Car je ne sais pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux, et je fais ce que je hais. […] Car je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair ; le vouloir est à ma portée, mais non le pouvoir de l’accomplir.  Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. […] Je trouve donc cette loi en moi : quand je veux faire le bien, le mal est près de moi. Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur ; mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la loi de ma raison, et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres (Ro 7).

1.3 Le baptême nous plonge dans la mort du Christ

En mourant sur la croix, Jésus a donné au vieil homme un coup mortel, car il était innocent et la mort n’avait pas de droits sur lui. Par le baptême, sa mort devient la nôtre :

Notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus les esclaves du péché ; 7 car celui qui est mort est affranchi du péché. 8 Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons avec lui, 9 sachant que le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n’a plus sur lui d’empire. 10 Car sa mort fut une mort au péché une fois pour toutes, et sa vie est une vie pour Dieu. 11 Ainsi vous-mêmes regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

2 Le baptême, mystère de résurrection

Dans le Christ, nous ne mourons que pour vivre, semblablement au grain qui ne pourrit en terre que pour germer en épi et se multiplier ; nous quittons l’Égypte du péché pour parvenir, à travers l’eau, à la terre promise où coulent le lait et le miel.

Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons également avec lui (Ro 6, 8).

En quoi consiste cette nouvelle vie divine du baptisé ?

Pour moi, je vous baptise d’eau. […] Mais il en vient un autre qui est plus puissant que moi ; […] c’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu (Lc 3, 16).

Tandis que l’eau glisse sur la surface des objets, le feu, au contraire, pénètre, purifie, éclaire, embrase.

1) C’est la vie de la grâce sanctifiante, vie d’amitié filiale avec Dieu. La grâce et son cortège transforme les facultés de l’homme, les purifie et les élève. L’âme devient capable de participer à la connaissance, par la vertu de foi, et à la charité que Dieu a de lui-même.

Cette facilité à connaître Dieu n’est pas un vain mot. On le voit dans le cas, le plus commun, des chrétiens baptisés à la naissance. Ils ne peuvent encore produire les actes de la foi reçue au baptême, mais on constate que, dès que leur raison s’éveille, ils reçoivent facilement l’enseignement.

L’enfant, en effet, reçoit la parole de foi qu’on lui adresse, il la reçoit comme la parole de Dieu même ; il croit, on dirait presque naturellement ; il est content qu’on lui parle de Dieu : car Dieu n’est pas un étranger pour lui, il n’est pas un étranger pour Dieu. Il a dans son âme cet Esprit dont parle saint Paul et qui fait crier à Dieu : Père, Père ! En un mot, le baptême a déposé dans son âme la grâce, et par suite de la grâce, une aptitude à s’assimiler le vrai, une tendance à vouloir le bien, qui sont comme la faim et la soif de l’âme baptisée, aptitude et tendance reconnaissables, même sous la couche de l’ignorance native, et parmi les mouvements des passions naissantes. [...]

Voilà ce qu’est l’enfant de par son baptême. Il porte le germe de toute vérité, de tout bien. [...] Il appartient à Jésus-Christ, il a faim et soif de Jésus-Christ, il lui faut Jésus-Christ [2].

2) L’âme devient le temple du Saint-Esprit ; la Sainte Trinité y descend et y fait sa demeure. Le Saint-Esprit lui inspire comment agir. L’homme vit désormais pour Dieu.

3 Aspect cultuel du baptême

Le baptême imprime en effet un caractère. Le chrétien porte en lui, dans son âme, gravée d’une façon indélébile, une marque qui le fixe à tout jamais dans cet être nouveau : cette marque, est le caractère sacramentel imprimé par le baptême.

Tout caractère sacramentel est imprimé dans l’âme « pour nous députer au culte divin selon le rit de la religion chrétienne » (III, 63, 2). C’est une « certaine participation du sacerdoce du Christ » (III, 63, 3) qui comporte une « certaine puissance spirituelle ordonnée à ce qui regarde le culte divin ».

Le caractère sacramentel n’est rien d’autre que le pouvoir pour l’homme de participer extérieurement au mystère de l’immolation du Christ, conservé intégralement dans le sacrement de l’eucharistie et dans les autres sacrements qui convergent vers celui-là comme vers leur centre. Il est donc bien évident que le caractère sacramentel sera une participation en nous du pouvoir plein et parfait qui est dans le Christ (Père Pègues O.P,. p. 127).

Ce caractère est d’abord une puissance passive, mais, par voie de conséquence, il donne aussi un certain pouvoir actif. Non seulement le chrétien bénéficie du fruit du Sacrifice de l’Église – les sacrements et les grâces issues des rites liturgiques –, mais encore il coopère à la célébration de la liturgie : avec tout le Corps mystique, il offre la Victime de l’autel, il mêle sa voix à celle du prêtre, en vertu de la consécration que lui confère son baptême, qui le députe au culte de la religion chrétienne.

Conclusion

* Invitation au culte de notre baptême, à cet ennoblissement radical. Pour le manifester, l’Église oint le néophyte du Saint-Chrême, la plus sainte des saintes huiles, celle qui est employée pour le sacre des rois, l’onction des croix de consécration des églises, des autels, des calices. Le néophyte est revêtu d’une robe blanche, ce qui signifie l’innocence baptismale, la robe des noces avec laquelle on sera admis au festin du Ciel, le symbole de la vie pure et sans tâche à laquelle le baptisé est appelé. Il reçoit aussi un cierge allumé, image de la foi qui éclaire notre pèlerinage terrestre, de la charité ardente qui nous fait pratiquer les bonnes œuvres.

* Invitation au respect des âmes baptisées

* Invitation à la fidélité aux promesses baptismales.

Gardez sans défaillance la grâce de votre baptême. Observez les commandements de Dieu ; ainsi, quand le Seigneur viendra pour les noces éternelles, vous pourrez aller à sa rencontre avec tous les saints dans la cour céleste et vivre dans les siècles des siècles.

* Conscience de notre devoir cultuel envers Dieu.

* Invitation à l’apostolat


[1]Père Garrigou-Lagrange O.P., Les Trois Âges de la vie intérieure, 1ère partie, ch. 13, p. 285-286.

[2] Dom Bernard MARÉCHAUX, Les Effets du baptême.

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